Salut & Fraternité

Le trimestriel de la laïcité en Province de Liège

  • Céline Martin
    coordinatrice au service Démocratie

« Je m’expose, tu te livres » : clôture de l’opération « Aux Livres, citoyens?! »

Pour prépa­rer l’exposition parti­ci­pa­tive d’« Aux Livres, Citoyens ! », rassem­bler les produc­tions des parti­ci­pants issus d’une quin­zaine de loca­li­tés de la province fut un moment fort… Pendant le mois qui a précédé, chaque groupe de parti­ci­pants ou son repré­sen­tant est passé à La Cité Miroir dépo­ser les œuvres et en parler devant la caméra. Premiers éclats de rire quand on est appre­nant en fran­çais langue étran­gère et qu’on cherche ses mots. Premiers déca­lages quand il faut filmer en direct une traduc­tion en langue des signes. Premières larmes aussi quand le témoi­gnage porte sur le souve­nir des boat people viet­na­miens. Premiers fris­sons quand plusieurs femmes afri­caines chantent ensemble une berceuse en Sousou.

Et le 15 juin, les premiers visi­teurs découvrent la scéno­gra­phie de Claire Renard d’Arsenic2 qui a apporté de la couleur à La Cité Miroir et des fils de laine pour tisser des liens entre toutes ces paroles. Pour­tant, le centre de cette expo­si­tion est d’abord vierge. Sur le grand plateau, des tables, des chaises, du papier et un coin café. Le plus grand espace d’animation dont on puisse rêver. Tous les visi­teurs y passent. Des murs blancs où expo­ser les collages, un télé­phone où lais­ser son avis sur répon­deur, une boîte aux lettres où glis­ser ses espoirs pour demain. Et toujours la caméra d’Erno le Mentholé, curieuse et bien­veillante. Ici, pas de paroles perdues, on garde trace de tout ce qui est exprimé.

Première surprise?: les parti­ci­pants se sont appro­prié le lieu. Dès le premier jour, notre spécia­liste de la langue des signes est présent en famille pour une visite très person­na­li­sée. Plusieurs personnes nous feront les mêmes remarques : « Il y a tant à voir ! Je revien­drai avec ma petite-fille ! Il y a tant à dire ! Je revien­drai avec mes amies ! ».

Au fil des rencontres, les thèmes se déploient. La  café­té­ria est enva­hie par une joyeuse compa­gnie de théâtre-action qui invite le public à s’engager pour l’emploi. Mani­fes­ta­tion impro­vi­sée pour une allo­ca­tion univer­selle qui rende dignité et liberté aux travailleurs coin­cés entre le marteau des employeurs et l’enclume de l’ONEM. En petit groupe, des femmes discutent autour d’un café : le thème essen­tiel à trai­ter pour elles est celui de la santé. Elles ont besoin de prendre soin d’elles-mêmes, de se sentir bien dans ce lieu convi­vial. Autour de l’arbre à paroles, des gens en inser­tion socio-profes­sion­nelle témoignent à partir de photos décou­pées dans les maga­zines. Parmi leurs propo­si­tions bario­lées, le vert domine. Il est temps pour eux aussi de prendre soin de l’environnement.

Toutes ces paroles des gens sont ancrées dans la réalité de notre société. Elles témoignent de vécus, de doléances, d’espoirs pour l’avenir. Elles ont besoin d’être parta­gées collec­ti­ve­ment. D’être portées sur la place publique. Première tenta­tive forte avec le crieur public qui nous rassemble sur les marches de la place Xavier Neujean et nous invite à sentir la clameur popu­laire qui monte à travers nous.

15 jours, ce fut court. Mais quel succès ! Plus de mille spec­ta­teurs. Et autant d’avis, de rêves pour l’avenir, de reven­di­ca­tions lais­sées au cœur de l’exposition. Des citoyens se sont livrés avant de repar­tir avec des livres : quel bonheur ils ont pris à foui­ner dans de vieux livres offerts par la biblio­thèque Chiroux ! Les anima­teurs et parte­naires de l’exposition leur doivent beau­coup : tous ces textes, tous ces collages, tous ces messages, toutes ces images. Une matière dense et sincère pour déga­ger les thèmes de la prochaine édition, les axes de nos actions : l’inégale répar­ti­tion de la richesse, le bonheur, l’environnement… « Aux Livres, Citoyens ! » conti­nuera à donner la parole aux gens, parce que nous ne sommes jamais aussi forts que quand nous travaillons ensemble les sujets qui fâchent, qui touchent et qui permettent à chacun‑e de récu­pé­rer du pouvoir d’agir.