Salut & Fraternité

Le trimestriel de la laïcité en Province de Liège

  • Guy Vlaeminck
    Guy Vlaeminck
    président de la Ligue de l’Enseignement et de l’Éducation Permanente

Vers une fusion des réseaux d’enseignement

Guy Vlae­minck a été président de la Ligue de l’Enseignement et de l’Éducation perma­nente. Il s’est attelé à la défense de l’enseignement public, de sa neutra­lité et de la néces­sité de faire de l’enseignement un outil d’émancipation pour chaque indi­vidu. Dans ce cadre, il a ardem­ment défendu l’idée de la fusion des réseaux d’enseignement en Belgique.

Salut & Frater­nité : En quoi la fusion des réseaux va-t-elle contri­buer à combattre les inéga­li­tés à l’école ?

Guy Vlae­minck : Le prin­cipe premier de l’organisation de notre système scolaire en Belgique repose sur la liberté d’enseigner. Celle-ci est beau­coup plus cana­li­sée aujourd’hui qu’en 1830 mais elle consti­tue toujours le prin­cipe élémen­taire de notre ensei­gne­ment. Qui dit liberté dit évidem­ment possi­bi­lité d’une action péda­go­gique orien­tée, trans­mis­sion d’un certain nombre de valeurs parti­cu­lières et aussi choix des élèves. Ces carac­té­ris­tiques marquent encore notre système actuel.

Tout cela crée d’abord une multi­pli­ca­tion des pouvoirs orga­ni­sa­teurs. Mais cela signi­fie aussi une extra­or­di­naire concur­rence entre eux, qui entraîne le besoin d’images de marque. C’est ainsi que, progres­si­ve­ment, dans l’enseignement libre, le travail a été orienté soit vers la prépa­ra­tion des élites à des études supé­rieures, soit, au contraire à la récu­pé­ra­tion des largués du système. Ce système est donc inéga­li­taire, essen­tiel­le­ment du fait d’une très grande liberté accor­dée, jusqu’à la fin du siècle dernier, à l’enseignement libre.

L’enseignement en Belgique peut-il encore se permettre une caco­pho­nie entre ses pouvoirs orga­ni­sa­teurs ? CC-BY-NC-SA Flickr​.com – Woodley­won­der­works – 2011

S&F : En quoi la fusion des réseaux pourra amener un chan­ge­ment à ce niveau là ?

G.V. : Pour l’instant, nous fonc­tion­nons au travers d’un article de la Consti­tu­tion, tel qu’il a été rédigé en 1989, à propos du prin­cipe de l’égalité (§4 de l’article 24 de la Consti­tu­tion : égalité des élèves, des étudiants, des parents, des ensei­gnants, des établis­se­ments scolaires). Compte tenu du poids de l’Histoire, cette égalité est essen­tiel­le­ment une égalité de droits, beau­coup plus qu’une égalité de devoirs. L’enseignement libre y a surtout vu une possi­bi­lité d’être subven­tionné au même titre que l’enseignement offi­ciel. Mais ils n’en acceptent pas pour autant les mêmes contraintes…

À partir du moment où la Loi pourra avoir une action plus impor­tante, plus contrai­gnante, sur l’ensemble des pouvoirs orga­ni­sa­teurs, nous pour­rons réflé­chir à des systèmes beau­coup plus égali­taires. Il ne s’agit pas, pour autant, de renfor­cer une régle­men­ta­tion tatillonne mais de procé­der à une meilleure répar­ti­tion des compé­tences et des respon­sa­bi­li­tés entre les divers niveaux de pouvoir. C’est là qu’une meilleure réflexion, une meilleure redis­tri­bu­tion des moyens permet­tra d’avoir une plus grande unité à la fois dans les résul­tats et dans les moyens qui sont déployés.

S&F : Si on se met dans la peau du manda­taire poli­tique qui souhaite arri­ver à la fusion des réseaux, quelle serait la voie à emprun­ter pour y arri­ver ?

G.V. : C’est déli­cat évidem­ment. Ce n’est pas par un coup de baguette magique qu’on va y arri­ver. La liberté d’enseignement est inscrite dans la Consti­tu­tion, on ne va pas la faire dispa­raître du jour au lende­main. Mais on voit très bien aujourd’hui que, contrai­re­ment à la situa­tion de 1830 quand la Consti­tu­tion a été écrite, la toute grande majo­rité des écoles sont finan­cées par l’État et soumises à la Loi. C’est donc par cette dernière que les réseaux scolaires devront se rappro­cher dans leurs modes de fonc­tion­ne­ment pour arri­ver à des diffé­rences si infimes qu’elles ne justi­fie­ront plus diffé­rentes struc­tures.

Le dernier décret « neutra­lité » prévoit que tout ensei­gnant qui sort de l’enseignement confes­sion­nel et qui voudrait travailler dans l’officiel doit suivre une forma­tion de 20h. Cela signi­fie qu’on est prêt à recon­naître que cet ensei­gne­ment orienté ne convient pas à tout le monde. Il faudra sans doute passer par ce genre de petites étapes pour arri­ver à faire comprendre que nous sommes tous devant les mêmes problèmes, qu’il est grand temps de travailler ensemble et de renfor­cer la cohé­rence de notre système éduca­tif.

Lors des quelques débats que j’ai eu à propos d’une réuni­fi­ca­tion des réseaux avec des respon­sables de l’enseignement catho­lique, la parti­cu­la­rité du message évan­gé­lique passe au second plan. Leur défense est essen­tiel­le­ment de dire « nous avons un réseau de qualité et d’écoles de qualité », « nos résul­tats sont supé­rieurs aux vôtres », « on redouble moins dans nos écoles que dans les vôtres ». Là, il y a quelque chose qui ne va pas ! Si on arrive à trou­ver des moyens d’avoir un ensei­gne­ment plus effi­cace, je ne vois pas pour­quoi cela devrait profi­ter à un réseau et pas à un autre. C’est là qu’il y a inéga­lité et iniquité.