Salut & Fraternité

Le trimestriel de la laïcité en Province de Liège

  • Christian Jonet
    Christian Jonet
    animateur et chercheur au sein de l’asbl Barricade

Une initiative de Transition : la Ceinture Aliment-Terre Liégeoise

La Cein­ture Aliment-Terre Liégeoise (CATL) est un projet de mobi­li­sa­tion des forces vives de la région liégeoise autour de la créa­tion d’une filière alimen­taire locale, soli­daire et durable, struc­tu­rée autour de coopé­ra­tives citoyennes. Elle émane de plusieurs acteurs de terrain qui ont fait un double constat : celui de l’impasse écolo­gique et écono­mique dans laquelle est embour­bée notre agri­cul­ture, et celui de l’impossibilité pour les agri­cul­teurs d’infléchir seuls la trajec­toire.

La néces­saire muta­tion des systèmes agri­coles nous concerne tous, et elle appelle la mobi­li­sa­tion de chacun : citoyens, produc­teurs, secteur public, monde scien­ti­fique, ONG, asso­cia­tions, monde poli­tique…

Le collec­tif Liège en Tran­si­tion, un des acteurs à l’origine du projet de la Cein­ture ­Aliment-Terre, est issu du mouve­ment inter­na­tio­nal des villes en tran­si­tion. Celui-ci, présent dans une cinquan­taine de pays, invite les citoyens à se fédé­rer sur une base locale pour inven­ter ensemble des réponses concrètes aux défis clima­tiques, éner­gé­tiques et sociaux, de plus en plus pres­sants. La mobi­li­sa­tion de Liège en Tran­si­tion, à partir de 2011, a contri­bué à faire émer­ger la CATL, mais égale­ment la monnaie citoyenne le Val’heureux, et le mouve­ment des « incroyables comes­tibles » à Liège.

Comment les citoyens se mobi­lisent-ils concrè­te­ment ? Tout d’abord en consom­mant une alimen­ta­tion locale de qualité, mais égale­ment en finan­çant le déve­lop­pe­ment de coopé­ra­tives alimen­taires (près d’une ving­taine en région liégeoise). De telles entre­prises, gouver­nées de manière démo­cra­tique et au sein desquelles une fina­lité socié­tale – par exemple la souve­rai­neté alimen­taire – prime sur tout objec­tif de profit, consti­tuent un impor­tant vecteur de chan­ge­ment des systèmes agro-alimen­taires.

Les pouvoirs publics locaux quant à eux sont de plus en plus conscients du rôle qu’ils peuvent jouer dans le redé­ploie­ment d’une agri­cul­ture locale géné­ra­trice d’emploi, de lien social, et béné­fique pour l’environnement. En témoigne notam­ment le tout récent schéma de déve­lop­pe­ment terri­to­rial des 24 communes de l’arrondissement de Liège, dans lequel ces dernières s’engagent à proté­ger les terres agri­coles et à soute­nir l’essor d’une agri­cul­ture de proxi­mité et de qualité. Ainsi la Ville de Liège vient-elle de lancer (en parte­na­riat avec la CATL) le projet CREa­FARM, destiné à mettre des parcelles commu­nales à dispo­si­tion de porteurs de projets en agri­cul­ture urbaine.

Selon Rob Hopkins, prin­ci­pal fonda­teur du mouve­ment des villes en tran­si­tion, la bonne colla­bo­ra­tion entre les forces vives d’un terri­toire est une des clés de la réus­site des initia­tives de tran­si­tion. De ce point de vue, à Liège, les choses sont plutôt bien enga­gées, mais le chemin est à peine entamé. Comme annoncé lors de son lance­ment, le projet de la Cein­ture Aliment-Terre est destiné à se déployer sur le très long terme : une géné­ra­tion.