Salut & Fraternité

Le trimestriel de la laïcité en Province de Liège

  • Nagi Sabbagh
    Nagi Sabbagh
    président du Centre Culturel Arabe en Pays de Liège
Propos recueillis par Dorothy Bocken

La culture arabe près de chez vous !

La culture arabe… qui n’y a jamais touché de près ou de loin ? Que ce soit dans la musique, nos assiettes, la mode vestimentaire, sans oublier nos chiffres et les médias ! Et pourtant, c’est pour contrer une image trop souvent négative qu’a été créé le Centre Culturel Arabe en Pays de Liège (CCAPL).

Dans les années 90, le mot « arabe » était alors associé de façon récurrente et abusive à chaque acte de vandalisme ou autres faits divers similaires. Quelques médias en faisaient d’ailleurs leurs choux gras et leurs gros titres. Cette exacerbation isolée a donné aux fondateurs l’envie de montrer d’autres réalités cachées derrière ce « presque » gros mot.

Ils sont donc une dizaine, tous arabes puis rejoints par des amis belges, très loin de se retrouver dans ces clichés négatifs véhiculés par une certaine presse contribuant à favoriser la peur et renforçant la stigmatisation de toute une population.

À cette époque existait déjà un centre culturel arabe en Communauté française. L’idée mûrit alors d’en créer un, ici, à Liège. L’ASBL Centre Culturel Arabe en Pays de Liège naît donc en 2000 ! Un lieu de culture ouvert à toutes et tous, quelles que soient leurs convictions, origines ou milieux socio-économiques. Un endroit qui puise sa source dans la laïcité, seul partenaire d’un réel vivre ensemble qui offre à tous la possibilité de venir au centre, en laissant ses convictions à la maison, pour partager avant tout nos valeurs démocratiques. Poussez la porte et installez-vous !


Entretien avec

Nagi Sabbagh

Le CCAPL

Salut & Frater­nité : Comment présen­tez-vous le Centre Cultu­rel Arabe en Pays de Liège (CCAPL) ?

Nagi Sabbagh : Les acti­vi­tés propo­sées par le centre sont avant tout des outils visant un objec­tif prin­ci­pal, basé sur des valeurs huma­nistes : la construc­tion d’une culture publique commune, laïque, plura­liste, démo­cra­tique et égali­taire. Il s’agit de donner au public l’envie de décou­vrir les produc­tions artis­tiques, contem­po­raines ou issues du patri­moine arabe, liées d’une manière ou d’une autre à l’identité commune qui, au-delà de leurs diffé­rences, rassemblent toutes les popu­la­tions.

Nos acti­vi­tés touchent à des formes de repré­sen­ta­tions diverses : litté­ra­ture, poésie, théâtre, archi­tec­ture, pein­ture, musique, confé­rences, voyages cultu­rels ou projec­tion de films. Nous propo­sons égale­ment des cours de langue et de musique arabe mais aussi de fran­çais et de citoyen­neté pour les nouveaux arri­vants, et nous mettons à dispo­si­tion une biblio­thèque et de la docu­men­ta­tion. Le tout est autant axé sur la créa­tion et la moder­nité que sur l’héritage des diffé­rentes cultures arabes.

Notre travail vise à promou­voir le dialogue inter­cul­tu­rel pour sensi­bi­li­ser un large public et l’amener à conce­voir la diver­sité comme une richesse permet­tant d’élargir et d’améliorer notre compré­hen­sion du monde. En donnant la possi­bi­lité à chacun de parti­ci­per à la vie cultu­relle dans l’espace public, nous souhai­tons lutter contre la discri­mi­na­tion.

Par l’éventail et la diver­sité de ces disci­plines, nous voulons offrir au public la possi­bi­lité de s’ouvrir à l’autre dans toute sa complexité et sa diver­sité, afin de sortir de l’incompréhension et de la peur que génère l’ignorance.

Notre travail vise à promou­voir le dialogue inter­cul­tu­rel pour sensi­bi­li­ser un large public et l’amener à conce­voir la diver­sité comme une richesse permet­tant d’élargir et d’améliorer notre compré­hen­sion du monde. En donnant la possi­bi­lité à chacun de parti­ci­per à la vie cultu­relle dans l’espace public, nous souhai­tons lutter contre la discri­mi­na­tion. En décons­trui­sant les idées reçues, nous espé­rons contri­buer à l’évolution des menta­li­tés et des compor­te­ments.

S&F : Comment est perçue votre laïcité ?

N.S. : Nous sommes souvent confron­tés à des préju­gés et des amal­games : notre centre cultu­rel est arabe, et donc musul­man ! Or, contrai­re­ment à ce que l’on pour­rait penser, le fait que le CCAPL soit une asso­cia­tion laïque rassure. En géné­ral, quand les règles sont énon­cées clai­re­ment, personne ne remet nos valeurs en cause, ni le fait que la reli­gion reste une affaire privée qui a toute sa place à la maison. C’est impor­tant égale­ment de dire que chacun est le bien­venu au centre s’il respecte les autres. Ceux qui ne sont pas d’accord ne viennent plus, mais j’en connais peu. La laïcité favo­rise vrai­ment le vivre ensemble : ce n’est pas qu’un prin­cipe sur le papier ! C’est une façon de permettre à toutes les cultures arabes de s’exprimer, même les plus mino­ri­taires.

(…) le fait que le CCAPL soit une asso­cia­tion laïque rassure. En géné­ral, quand les règles sont énon­cées clai­re­ment, personne ne remet nos valeurs en cause, ni le fait que la reli­gion reste une affaire privée qui a toute sa place à la maison. C’est impor­tant égale­ment de dire que chacun est le bien­venu au centre s’il respecte les autres.

S&F : Au CCAPL, chacun peut être spec­ta­teur ou acteur de la culture arabe. Expli­quez-nous votre démarche.

N.S. : Abso­lu­ment. Nous y tenions beau­coup dès le départ. Il nous semblait essen­tiel pour un centre cultu­rel d’ouvrir égale­ment ses portes à l’apprentissage et au partage des connais­sances. Le public est très curieux des décou­vertes.

Nos ateliers sont très suivis et le nombre de parti­ci­pants ne cesse d’augmenter : langue et musique arabes, fran­çais langue étran­gère et citoyen­neté, calli­gra­phie et civi­li­sa­tion arabes comptent parmi les ateliers qui remportent le plus de succès. Préci­sons qu’ils sont suivis aussi bien par des adultes que des enfants quelles que soient leurs origines. La demande est très impor­tante. Il faut savoir que plusieurs artistes musi­ciens sont venus ici s’enrichir d’influences arabes pour complé­ter leur parcours ! Nous orga­ni­sons par ailleurs des stages comme celui de danse folk­lo­rique du Moyen-Orient et de tatouage au henné.

S&F : La program­ma­tion du CCAPL répond-elle à la demande du public ou colle-t-elle davan­tage à l’actualité ?

N.S. : Les deux, évidem­ment. Nous sommes toujours à l’écoute des sugges­tions de notre public. Trai­ter un sujet d’actualité permet d’approfondir nos connais­sances. Malheu­reu­se­ment, à l’heure actuelle, les subsides nous font cruel­le­ment défaut. Nous fonc­tion­nons avec très peu de moyens finan­ciers, en rien compa­rables avec ceux d’un centre cultu­rel clas­sique. Nous ne sommes pas recon­nus comme tel et la Ville de Liège partage ses ressources allouées à la culture avec les autres asso­cia­tions du terri­toire. Au final, nous récol­tons une maigre subven­tion. Notre program­ma­tion doit donc être revue à la baisse car le cachet des artistes augmente : il a, au mini­mum, triplé ou quadru­plé ces dernières années, contrai­re­ment à nos moyens finan­ciers donc !

Nous avons failli arrê­ter les cours de musique cette année. Les parents sont venus nous trou­ver en nombre pour les main­te­nir. Le CCAPL ne pouvait malheu­reu­se­ment plus les finan­cer. Ils ont alors eux-mêmes négo­cié avec les profes­seurs pour trou­ver un arran­ge­ment. Ces cours sont donc toujours orga­ni­sés, mais jusqu’à quand ?


Retrou­vez toute l’actualité du Centre Cultu­rel Arabe en Pays de Liège sur www​.ccapl​.be