Salut & Fraternité

Le trimestriel de la laïcité en Province de Liège

  • Eva Wiertz
    Eva Wiertz
    responsable communication de la Commission de la protection de la vie privée
Propos recueillis par Isabelle Leplat

« Avoir une vie privée en ligne est tout à fait possible »

La Commis­sion pour la protec­tion de la vie privée a été créée en 1992, dans la foulée de la loi régle­men­tant le trai­te­ment des données à carac­tère person­nel. Parmi les missions de ce centre de réfé­rence : surveiller la bonne appli­ca­tion de la loi mais aussi infor­mer le grand public.

Salut & Frater­nité : Marc Zuker­berg a déclaré qu’il ne croyait pas à la vie privée sur le web et, dans le cas qui nous occupe, sur les réseaux sociaux. Qu’est-ce que vous en pensez ?

Eva Wertz : La Commis­sion estime qu’il est tout à fait possible d’avoir une vie privée en ligne. Il faut cepen­dant être conscient des données publiées sur le web. C’est pour­quoi elle a mis sur pied  campagne de sensi­bi­li­sa­tion à l’égard des jeunes, via le site jede​cide​.be. La Commis­sion a voulu cibler les jeunes parce qu’ils utilisent les nouvelles tech­no­lo­gies dès leur plus jeune âge. Ils naissent et évoluent avec elles. La Commis­sion les encou­rage à s’en servir, mais en toute connais­sance de cause. Elle veut qu’ils réalisent, le plus tôt possible, ce qu’ils sont en train de faire avec leurs données. Le site s’adresse donc aux enfants de 12 à 14 ans, aux jeunes de 14 à 18 ans, mais aussi aux parents et aux ensei­gnants, qui sont le plus en contact avec les jeunes. Nous leur four­nis­sons des supports mais parti­ci­pons égale­ment à des tables de discus­sion dans les écoles.

S&F : On parle d’éducation aux nouvelles tech­no­lo­gies envers les jeunes mais qu’en est-il des adultes ? Eux aussi auraient parfois besoin d’être davan­tage infor­més…

E.W. : Tout à fait, infor­mer le grand public du trai­te­ment des données fait d’ailleurs partie des missions d’information de la Commis­sion. Elle essaye vrai­ment, via son site web, par télé­phone, par mail ou dans la presse, de répondre le mieux possible à toutes les ques­tions sur les nouvelles tech­no­lo­gies et la vie privée.

La Commis­sion reçoit en effet des plaintes pour viola­tion de la vie privée sur les réseaux mais n’a pas remar­qué de tendance à la hausse avec les nouvelles tech­no­lo­gies. En cas de plainte, la Commis­sion a une fonc­tion de média­tion (…)

S&F : Rece­vez-vous beau­coup de plaintes sur des entorses à la vie privée sur les réseaux sociaux ?

E.W. : La Commis­sion reçoit en effet des plaintes pour viola­tion de la vie privée sur les réseaux mais n’a pas remar­qué de tendance à la hausse avec les nouvelles tech­no­lo­gies. En cas de plainte, la Commis­sion a une fonc­tion de média­tion : elle contacte la partie incri­mi­née et essaye de trou­ver un accord à l’amiable. Elle a égale­ment le pouvoir, par l’intermédiaire de son président, soumettre tout litige concer­nant la loi vie privée au tribu­nal et, le cas échéant, de soute­nir une personne dans son action juri­dique, mais ce n’est pas encore arrivé. Par contre, elle ne peut pas impo­ser de sanc­tions.

S&F : Quels types de plaintes vous sont le plus souvent adres­sées ?

E.W. : Il s’agit le plus souvent de la publi­ca­tion de photos, d’une fête, par exemple, sans avoir demandé le consen­te­ment d’une personne qui y figure. Celle-ci veut alors faire reti­rer le cliché. La Commis­sion a déjà égale­ment reçu des plaintes sur un réseau social de rendez-vous qui avait pris l’initiative d’envoyer une invi­ta­tion au contact d’un de ses membres. Cette personne, n’ayant rien demandé, avait essayé de se désins­crire via la procé­dure

(…) même si une donnée n’apparaît qu’une seule fois, il est toujours possible qu’un utili­sa­teur l’ait vue et sauve­gar­dée, et donc qu’elle réap­pa­raisse plus tard. C’est donc très diffi­cile de suppri­mer toutes les données, mais pas impossible.habituelle mais n’y parve­nait pas.

S&F : Que pensez-vous de ces socié­tés qui offrent leurs services pour effa­cer toutes les données person­nelles à la demande de leur client ?

E.W. : C’est très, très diffi­cile. Le droit à l’oubli existe bien dans la juris­pru­dence mais n’est pas consa­cré par le droit. Ces entre­prises essayent donc d’aider les gens dans l’exercice de ce droit. Mais le problème est plus complexe : même si une donnée n’apparaît qu’une seule fois, il est toujours possible qu’un utili­sa­teur l’ait vue et sauve­gar­dée, et donc qu’elle réap­pa­raisse plus tard. C’est donc très diffi­cile de suppri­mer toutes les données, mais pas impos­sible.

L’enjeu majeur pour la vie privée est de savoir où se trouvent ces données à carac­tère person­nel et de savoir les gérer (…) Le public doit comprendre qu’il doit avoir le réflexe de réflé­chir avant de commu­ni­quer ses données à carac­tère person­nel.

S&F : Quels sont les enjeux pour la vie privée dans les années qui viennent sur les réseaux sociaux et, de manière plus géné­rale, sur le web ?

E.W. : L’enjeu majeur pour la vie privée est de savoir où se trouvent ces données à carac­tère person­nel et de savoir les gérer : où vont-elles et qui les utilise ? C’est un des plus grands problèmes que posent les nouvelles tech­no­lo­gies. Le public doit comprendre qu’il doit avoir le réflexe de réflé­chir avant de commu­ni­quer ses données à carac­tère person­nel.