• Pierre Ozer
    Pierre Ozer
    chargé de recherche au département des sciences et gestion de l’environnement à l’ULiège

De la nécessité d’une culture du risque par et pour toutes et tous

Les extrêmes climatiques sont au cœur de l’actualité ces dernières années. En Belgique, il n’a jamais autant plu qu’en 2024 alors que ce printemps 2025 est le plus sec des 130 dernières années ; avec une pluviométrie bien en-deçà du mémorable printemps 1976. Quant aux trois années les plus chaudes enregistrées depuis près de deux siècles, il s’agit de 2022, 2020 et 2023.

© Yarenci – Unsplash.com

Les températures estivales extrêmes peuvent être meurtrières. Ainsi, les vagues de chaleur des étés 2022 et 2020 ont causé une surmortalité de respectivement 2291 et 1460 décès ; bien plus que les 711 décès supplémentaires enregistrés durant la terrible canicule d’août 2003 qui semblait – au début du 21e siècle – sinon unique, très ­exceptionnelle.

Tout semble indiquer que ces inondations, vagues de chaleur, sécheresses et autres extrêmes climatiques devraient se multiplier et s’intensifier dans les prochaines décennies ; avec des conséquences sociales, économiques et environnementales très lourdes.

Dans ce contexte climatique en pleine transformation, et suite aux inondations de juillet 2021 qui ont révélé de nombreuses limites dans la gestion de crise de cette ampleur inédite, un « livre blanc1 » synthétisant différentes recommandations permettant d’améliorer la gestion de crise en Belgique a été commandé par la Ministre de l’Intérieur.

La première des six recommandations met en avant un concept jusqu’alors ignoré dans les politiques publiques de gestion de crise : la « culture du risque » qui, dit le rapport, « si elle est régulièrement mentionnée, c’est avant tout pour mettre en évidence son absence ou son déficit ». La culture du risque désigne l’ensemble des représentations, connaissances, pratiques et valeurs partagées qui permettent à une société ou à un réseau d’acteurs de reconnaître, comprendre, anticiper et gérer les risques auxquels ils sont exposés. Elle repose sur une prise de conscience collective des dangers et des vulnérabilités, nourrie par une mémoire du risque et un ancrage territorial. Elle se construit par un processus de co-production entre institutions et citoyens, et implique une coordination multisectorielle, inclusive et continue. Fondée sur la coopération et la confiance, la culture du risque vise à renforcer la résilience collective, en assurant la prévention, la préparation, et la continuité des fonctions essentielles du territoire face aux crises.

(…) il est nécessaire de mettre en place les conditions de possibilité de cette participation citoyenne effective en mobilisant des dispositifs culturels (théâtre, expositions, jeux sérieux, ouvrages, films, etc.) relayant la parole des sinistrés et leurs expériences (…)

Le livre blanc souligne l’importance de renforcer la sensibilisation et l’information des citoyens afin d’améliorer leur compréhension des risques et des comportements à adopter en cas de crise. Cela inclut des campagnes éducatives et la diffusion de recommandations claires concernant les mesures préventives. Le document insiste également sur la nécessité d’améliorer la formation et la préparation des acteurs publics et privés, en intégrant la gestion des risques dans les programmes de formation et en organisant des exercices de simulation réguliers. Une autre dimension clé est la participation des citoyens.

Si le livre blanc plaide pour une approche participative, impliquant les populations locales dans la gestion des risques par le biais de consultations publiques et de réunions d’information, il ne propose pas de chemin pour opérationnaliser une approche bottom-up. Or, une culture du risque ne se décrète pas que dans un processus top-down. Elle doit de facto se cocréer par la base, à partir des savoirs reconnus des citoyens.

Pour ce faire, il est nécessaire de mettre en place les conditions de possibilité de cette participation citoyenne effective en mobilisant des dispositifs culturels (théâtre, expositions, jeux sérieux, ouvrages, films, etc.) relayant la parole des sinistrés et leurs expériences ; en étant à l’écoute des experts du vécu et en ayant recours à l’éducation permanente pour écrire ensemble un récit commun par et pour toutes et tous qui nous invite à vivre avec le risque et à intégrer cette « culture du risque ». Ces outils étaient un angle mort du livre blanc. Grâce à la dynamique de partenariat pluridisciplinaire engagée avec le Centre d’Action Laïque de la Province de Liège, PAC, Arsenic2, le Centre Culturel Ourthe et Meuse, l’ULiège et le Gouverneur de la Province de Luxembourg, ils ont été mis au premier plan fin 20242 et sont expérimentés – avec succès – en divers lieux de Wallonie pour œuvrer à un avenir plus résilient ; pour que cela ne se reproduise plus jamais comme ça3.


  1. SCHMITZ, O. et al. (2023). Livre blanc. Recommandations permettant d’améliorer la gestion de crise en Belgique. Commission d’experts en matière de gestion de crise.
  2. Forum interdisciplinaire sur la Gestion des Risques.
  3. Premier forum interdisciplinaire sur la Gestion des Risques.
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