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Selena Carbonero Fernandez,
secrétaire générale de la FGTB
Plus que jamais, soutenir le droit de contester !
Selena Carbonero Fernandez est secrétaire générale de la FGTB depuis le 1er janvier 2026. Elle évoque les dangers qui pèsent sur l’État de droit, et plus particulièrement sur les libertés de réunion et d’association mais aussi le droit de grève.
Salut & Fraternité : Quelles sont les pressions et les attaques que subissent les militant·es et associations de défense de l’État de droit ?
Selena Carbonero Fernandez : Depuis plusieurs années, les employeurs ont recours à des requêtes unilatérales auprès du Tribunal de première instance pour faire arrêter ou interdire, de manière préventive, des piquets de grève. Le syndicat n’a donc pas le droit de se défendre. En ce sens, ils détournent le droit puisque, en principe, le pouvoir judiciaire n’est pas compétent en matière de conflits collectifs de travail. Ces ordonnances prolifèrent depuis de nombreuses années, alors même que les organisations syndicales et les représentant·es des employeur·euses ont établi depuis très longtemps un gentleman agreement, c’est-à-dire que les syndicats sont tenus de respecter un certain nombre de procédures (préaviser les grèves, par exemple, sauf mouvement émotionnel) alors que les employeurs se sont engagés à ne pas recourir à des procédures judiciaires tant que tous les moyens de concertation n’ont pas été utilisés.

Les employeur·euses usent aussi de menaces de licenciement ou de licenciements de représailles, de cadeaux qui sont proposés aux travailleur·euses qui ne font pas grève par exemple. Certain·es, qui disposent de moyens, n’hésitent pas à licencier des délégué·es parce qu’elles, ils font trop bien leur travail.
D’une manière générale, nous sommes confrontés à une dérive autoritaire et à une criminalisation des mouvements sociaux. En Belgique ça se traduit notamment par des discours de bashing envers les organisations syndicales, voire même des condamnations pénales de 17 personnes pour atteinte méchante à la circulation, comme dans le cas du blocage du Pont de Cheratte en 2015.
Suite à cette condamnation, la FGTB a pris contact avec les autres syndicats et des organisations de la société civile (Greenpeace, Amnesty International, la Ligue des droits humains, leurs homologues néerlandophones, le CNCD, la Coalition climat, etc.) et ensemble nous avons mis en place la coalition Droit de protester. Cette dernière a identifié ce qui peut potentiellement entraver la liberté de protester au sens large et a rédigé un manifeste inventoriant les droits des mouvements sociaux. Elle a également analysé l’accord de gouvernement et ses dangers.
La coalition poursuit ce travail de veille, notamment envers le projet de loi Quintin qui permettrait au Conseil des Ministres, sans contrôle judiciaire, d’interdire ou dissoudre des associations, des mouvements ou des organisations qui seraient jugées comme étant trop radicales ou extrémistes.
S&F. : Les luttes sociales et les contre-pouvoirs sont-ils une menace pour l’État de droit ?
S.C.F. : Au contraire, ils sont une condition de la vitalité de la démocratie ! Les contre-pouvoirs ou les corps intermédiaires (syndicats, mutuelles, etc.) doivent pouvoir jouer pleinement leur rôle sociétal entre deux législatures, à savoir politiser un certain nombre d’enjeux, parce que ces associations sont des moteurs de transformation de la société. Quand le projet de société en construction aujourd’hui vise à démanteler la concertation sociale, déréguler les conditions de travail et casser la solidarité, notre rôle est aussi de dénoncer parce que les conséquences sur les personnes que nous défendons au jour le jour seront désastreuses.
D’une manière générale, nous sommes confrontés à une dérive autoritaire et à une criminalisation des mouvements sociaux.
S&F. : Comment soutenir les contre-pouvoirs et ainsi protéger nos droits fondamentaux ?
S.C.F. : N’hésitez pas à venir manifester avec nous ! Syndiquez-vous parce que c’est important d’être bien défendu au quotidien, mais aussi de porter un projet de société solidaire. Nous estimons qu’ensemble on peut faire mieux, on peut faire plus ! Il est aussi important de soutenir des associations de la société civile, telles que Greenpeace, Amnesty International…, qui font un gros travail de pétitionnement, des organisations comme la Ligue des droits humains qui offrent des services juridiques à des personnes qui n’y auraient pas accès, etc.
Il est toujours utile de soutenir financièrement quand c’est possible. C’est également important de créer du lien social et d’aller à la rencontre d’autres personnes et associations qui s’investissent dans les activités organisées par le tissu associatif progressiste.
- Vers le Manifeste de Droit de protester.

