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Sophie Lauerière,
coordinatrice du planning familial de Fléron
Le planning familial de Fléron : 40 ans d’existence, de combats, de militance, d’engagement
Le Planning familial de Fléron est né en octobre 1984 de la volonté de militant·es bénévoles animés par la volonté d’offrir sur ce territoire un accueil, une information dans le cadre de la vie affective et sexuelle et un accès à la contraception. Il s’agissait ainsi de permettre aux femmes et aux hommes, bien que peu nombreux à l’époque, de poser des choix libres et éclairés puisqu’au milieu des années 1980, la loi sur la dépénalisation partielle de l’avortement n’est pas encore votée (il faudra encore attendre 10 ans). La mission est donc, à ce moment-là, de lutter contre la désinformation, pour le droit à l’autonomie des femmes, et plus précisément pour le droit des femmes à disposer de leur corps, pour l’égalité dans un contexte où la découverte d’un nouveau virus, le SIDA, bouleverse la sexualité et réoriente les campagnes de prévention.
C’est peu dire qu’il faut une bonne dose de volonté et d’engagement pour faire naître un planning ; le chemin parcouru pour faire exister et persister celui de Fléron ne fut pas un long fleuve tranquille. D’autres combats pour la reconnaissance institutionnelle et la pérennisation du financement du Planning sont également menés de façon continue. Depuis 2014, le système de financement au forfait a permis de stabiliser les activités et de reconnaître le secteur. Depuis 2023, l’accord de coopération permet un financement annuel complémentaire de l’EVRAS.
Le 19 septembre dernier l’équipe du planning célèbrait ses 40 ans à La Cité Miroir, accompagnée par la troupe d’improvisation les ImprObables, pour mettre en scène avec humour certains souvenirs de leur parcours.
Sophie Lauerière
Offrir un espace de parole pour les jeunes
Salut & Fraternité : Vous venez de fêter les 40 ans du planning familial. Pourquoi est-il important de célébrer collectivement ce moment ?
Sophie Lauerière : Nous avons fêté cet anniversaire en septembre, une soirée durant laquelle nous avons présenté toutes les grandes étapes de l’évolution de notre association. C’était important de le faire, à la suite de la COVID, où nous n’avions rien pu célébrer. Lors de ce moment festif, nous en avons profité pour mettre en lumière les anciens collaborateur·rices.
Nous avons également invité tous les partenaires avec lesquels nous collaborons, et plus particulièrement les écoles.

Le planning familial de Fléron a en effet développé des partenariats basés sur des projets à long terme. Certains se sont noués dès que nous avons commencé à pouvoir rentrer dans les écoles et ont perduré depuis ce temps. Grâce au subside alloué à l’EVRAS, notre réseau s’est étendu et de nouvelles écoles ont intégré notre projet de prévention. C’était donc une manière de se rassembler. Notre zone couvre désormais toutes les écoles primaires et secondaires (des deux réseaux) depuis Jupille jusqu’à Soumagne.
Depuis le début, nous avons travaillé à poser un cadre clair en équipe. L’idée est d’offrir aux jeunes un espace de parole sans la présence de leur professeur·e, mais les rencontres sont préparées et évaluées avec les enseignant·es, en transparence avec la direction. C’est donc un projet d’école et, au fil des années, on se connait mieux. Nous avons aussi tissé des liens avec les associations locales dans une logique de réseau (AMO, maison de jeunes, centre culturel, Service de santé mentale, etc.).
Se réunir pour célébrer, c’est aussi réaffirmer qu’il reste bien nécessaire de maintenir une mobilisation et une vigilance. De nouveaux combats se profilent pour des luttes qu’on pensait d’un autre temps avec le développement des discours masculinistes, le mouvement tradwife qui promeut le retour de la femme au foyer, les paroles homophobes et transphobes qui se libèrent… L’actualité nous montre tous les jours des atteintes aux droits les plus fondamentaux. Rien n’est acquis et tout peut très vite basculer.
S&F : Quels sont les constats que vous posez sur le terrain par rapport aux jeunes ?
S.L. : D’abord, les réseaux sociaux prennent beaucoup de place dans les animations. Ça a commencé avec la pratique des jeux vidéo chez les garçons puis les partages de contenus, de vidéos qui auraient dû rester intimes, et cela prend de l’ampleur. Très régulièrement dans les animations, nous nous trouvons face à des situations où des nudes ont circulé. Les réseaux sociaux posent des soucis au sein de l’école pour des situations qui se sont déroulées à l’extérieur.
Nous constatons également qu’il y a une libération des propos homophobes ou racistes Depuis notre position d’animateur·rice, c’est heurtant, mais nous devons pouvoir remettre un cadre et dialoguer en rappelant la loi. On ne peut pas rompre ce dialogue mais cela rend les animations compliquées. On voit revenir des discours masculinistes, repris ou encouragés par certains influenceurs, avec des difficultés à l’adolescence de mettre de la distance. C’est très présent chez les garçons.
Chez les filles, on observe depuis quelques années une méconnaissance de leur corps, une acceptation de certaines choses lorsqu’elles sont en couple (habillement, notion d’intimité). De plus, les discours des tradwifes, venant des États-Unis, déferlent également chez nous et prennent beaucoup de place dans les animations. On réalise que le combat n’est pas fini. Il y a toujours une place pour aborder les stéréotypes, les inégalités ; cela fait partie des valeurs qui nous guident. L’animation part des préoccupations du groupe. Elle leur fait prendre conscience qu’ils peuvent dialoguer avec des adultes, dans la confidentialité. Avec l’expérience, on a des outils et on parle du corps ; l’animation prend donc des formes différentes en fonction des groupes. Pour permettre que les jeunes soient à l’aise pour s’exprimer, la mixité ou non est nécessaire dans le cadre que l’on propose.
S&F : Quels sont vos projets futurs ?
S.L. : Chaque année, nous nous réunissons autour d’une thématique avec les acteurs associatifs et scolaires. En 2026, nous préparons une exposition rétrospective sur la prévention du virus du sida jusqu’à nos jours et mettant en lumière les transformations de la communication au fil du temps. Celle-ci sera présentée durant la semaine du 1er décembre 2026.
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