• Julien Etienne
    Julien Etienne
    directeur du Foyer des Orphelins
Propos recueillis par Joëlle Mammo Zagarella

Le Foyer des Orphelins : un havre de reconstruction et d’espoir

Au cœur de Liège, le Foyer des Orphelins s’engage quotidiennement à offrir aux enfants en situation de vulnérabilité les conditions propices à un nouveau départ, loin des turbulences de leur passé. Ces jeunes évoluent au sein d’un environnement à la fois sécurisant et structurant, favorisant leur reconstruction personnelle et leur épanouissement. Mais l’accueil ne s’arrête pas à un simple toit. Un accompagnement individualisé leur est par ailleurs proposé, tant sur le plan éducatif que psychologique, afin de soutenir pleinement leur développement global.

L’objectif ultime du Foyer est de préparer ces jeunes à retrouver leur place dans la société, en leur donnant les outils nécessaires pour devenir autonomes et épanouis. Chaque parcours est unique, et chaque enfant bénéficie d’un accompagnement personnalisé, respectueux de son histoire et de ses besoins.

Les valeurs humaines sont au cœur de chaque action menée : sécurité, respect, confiance et solidarité. Le Foyer veille à ce que chaque enfant se sente protégé, écouté et valorisé, quelles que soient ses origines. En cultivant la diversité et en favorisant l’inclusion, il contribue à bâtir une communauté plus forte et plus solidaire.

Lors de la dernière Assemblée générale du Centre d’Action Laïque de la Province de Liège, le Foyer des Orphelins a rejoint la fédération des associations membres.


Entretien avec

Julien Etienne

Un accompagnement personnalisé pour un même objectif : la réinsertion

Salut & Fraternité : Pouvez-vous nous présenter brièvement le Foyer des Orphelins et son évolution historique ?

Julien Etienne : Le Foyer des Orphelins a été fondé à la fin de la Première Guerre mondiale par un groupe de laïques liégeois, indépendamment des structures religieuses. Aujourd’hui encore, il veille à respecter les convictions religieuses des familles et du personnel, sans qu’elles interfèrent dans la prise en charge des jeunes.

Le Foyer est agréé par l’AVIQ (Agence pour une Vie de Qualité), ce qui signifie que les normes relatives au handicap s’y appliquent. Grâce à cela, les jeunes peuvent y rester jusqu’à 21 ans. En moyenne, ils y séjournent au moins quatre ans, mais certains y passent toute leur jeunesse. Les enfants viennent de toute la Belgique, et environ 80 sont actuellement sur liste d’attente. Malheureusement, le Foyer fait face à une pénurie de places.

L’accueil a évolué au fil du temps, avec des phases différentes, y compris l’accueil de sans-abris dans les années 1970. Depuis 1991, une prise de conscience s’est opérée : les enfants ont des droits. Les objectifs et le suivi des jeunes ont donc été adaptés en ce sens.

S&F : Quelles sont les conditions d’accueil des enfants et comment gérez-vous les situations particulières ou complexes ?

J.E. : Pour être accueilli au Foyer, l’une des conditions essentielles est que le jeune soit occupé en journée : il doit aller à l’école, fréquenter un centre de jour ou un centre thérapeutique. Il existe quelques placements volontaires, mais la majorité des enfants sont placés par l’Aide à la jeunesse. Ils ne souhaitent généralement pas venir, sauf ceux issus de pouponnières, qui sont souvent soulagés de rejoindre des enfants de leur âge et sont habitués à vivre dans un cadre ­communautaire.

Pour les jeunes qui ne peuvent pas retourner dans leur famille, une préparation à l’autonomie est mise en place environ un an avant leur majorité. Ils sont d’abord accueillis dans des maisons partagées, avec leur propre chambre, et un accompagnement quotidien pour les aider à gérer leur vie (courses, budget, etc.). Lorsqu’ils sont prêts, ils peuvent vivre en kot. Pour ceux ayant des capacités cognitives ou émotionnelles limitées, une orientation vers un service pour personnes en situation de handicap est envisagée.

© Foyer des Orphelins

Dans les situations les plus complexes, certains jeunes, renvoyés de toutes les structures, ne peuvent plus être accueillis au Foyer. Ils sont alors confiés à des services d’aide à la jeunesse. C’est difficile pour l’équipe, car cela est vécu comme un échec. Mais certaines situations sont si complexes que ces jeunes ne parviennent pas à fonctionner dans un cadre classique. Il faut alors leur offrir un environnement sécurisé, identifier les blocages et envisager un autre type de prise en charge.

S&F : Comment s’organise la vie quotidienne au Foyer et quelles activités sont proposées aux jeunes ?

J.E. : Le bâtiment accueille 21 jeunes, garçons et filles, âgés de 5 à 19 ans, répartis en deux unités de vie : les plus jeunes d’un côté, les plus âgés de l’autre. Cela facilite l’organisation des activités et respecte les besoins des adolescents, qui préfèrent parfois ne pas être mélangés aux plus petits. Toutefois, selon les profils, certains jeunes participent à des activités destinées à d’autres groupes d’âge. Les groupes sont adaptés pour éviter les échecs. Les filles, moins nombreuses, disposent d’un espace distinct pour les dortoirs et les sanitaires.

Certains jeunes restent le week-end, d’autres vont dans des familles de parrainage, avec lesquelles ils partagent des moments agréables. Pendant les vacances, des activités sont organisées sur place et des sorties sont proposées, selon les moyens disponibles. Le Foyer fait appel aux dons pour financer des sorties culturelles ou ludiques. Les camps et les stages sont également privilégiés, car ils permettent aux enfants de se socialiser dans d’autres contextes.

S&F : Quelle est la mission du Foyer et quelles sont les spécificités de votre équipe ?

J.E. : La mission principale du Foyer est d’aider les enfants à se réinsérer dans la société. Beaucoup ont vécu des traumatismes importants dès leur plus jeune âge. Chaque situation est unique et nécessite une approche personnalisée. L’équipe analyse, avec les psychologues, psychopédagogues et éducateurs, ce qui fonctionne ou non pour chaque enfant. L’objectif est souvent une réintégration familiale, si possible, idéalement au moment de l’entrée dans l’enseignement secondaire, une étape souvent délicate. Le Foyer accompagne alors l’enfant et sa famille dans cette transition.

L’accompagnement psychologique est une spécificité forte de l’équipe. Elle est composée de 13 éducateurs, une psychologue, une pédopsychiatre, une psychomotricienne relationnelle, une assistante sociale, et elle est spécialisée dans les troubles de l’attachement. Les enfants sont accueillis le plus tôt possible pour maximiser les chances de réussite. Le Foyer collabore aussi avec un centre d’hippothérapie, ce qui est très bénéfique pour les jeunes. La charge mentale étant lourde, les éducateurs travaillent à temps partiel. Deux éducateurs assurent les nuits, et une équipe de maintenance et de cuisine complète le dispositif. §§§
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(Communication :« don » + n° de registre national)
www.foyerdesorphelins.be

 

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